Avant-propos
Mise en garde: ce texte a comme objectif d’outiller les lecteur·ices sur des concepts propres à des domaines assez abstraits. Le texte cherche à vulgariser des domaines comme l’ontologie et la spiritualité mais il reste néanmoins long et parfois dense. Pour autant, nous sommes convaincu·es qu’il est largement abordable et nous recommandons pour celles et ceux moins confortables avec ce format de le lire par partie. Dans ce but, le texte a été séparé en trois parties, hors avant-propos et conclusion, identifiées par des titres correspondants.
Dans le texte intitulé “Condition humaine”, nous avons parlé de la crise de sens contemporaine. Puis, dans le texte sur le libéralisme, nous avons donné un aperçu d’évolutions philosophiques majeures des derniers siècles, qui culminent dans le capitalisme contemporain que l’on appelle parfois “postmodernité”, dans une atomisation de la société ainsi que dans un basculement au niveau des repères et des récits totalisants que sont la modernité, le progrès, la science salvatrice. Nous avons également vu comment le capitalisme contemporain, au travers de cette atomisation, crée un contexte favorable à l’exploration de nos désirs, ces derniers étant perçus comme individuels et détachés des structures sociales historiques. Dans les textes intitulés “Anarcho-communisme” et “Travail et liberté”, ainsi que dans le texte sur le libéralisme, nous avons développé une critique de cette atomisation, pour diverses raisons comme l’inclusivité, la solidarité et l’autonomie. Notre projet souhaite ré-intriquer les individus, en créant des communautés qui travaillent collectivement pour une liberté qui passe notamment par l’émancipation à l’égard de nos ennemi·es politiques. La gouvernance au sein de ces collectifs nécessite le débat, parfois le conflit, l’échange et la compréhension pour inclure de manière aussi horizontale que possible les membres de ces collectifs. Ces échanges nécessitent de fait la capacité de se mettre à la place d’autrui, d’abord pour essayer de comprendre ce que la personne veut nous communiquer, mais aussi pour l’inclure dans nos propres perspectives. De nombreux prérequis doivent être satisfaits pour que ces échanges puissent avoir lieu, en minimisant les rapports de force qui naissent dans l’incompréhension et l’impossibilité de la conciliation.
Dans ce texte, nous ré-aborderons les enjeux de l’atomisation et de l’intrication au sein de groupes sociaux. Nous allons ensuite présenter différentes sources de divergences dans les rapports au monde au sein de ces groupes. Nous allons nous concentrer sur les plans ontologique [définition et explications dans quelques paragraphes] et épistémologique [définition et explications dans quelques paragraphes], qui sont des plans fondamentaux mais souvent négligés dans les débats politiques contemporains. Nous allons présenter le nouveau matérialisme comme une ontologie et une épistémologie alternatives à l’idéalisme et au relativisme qui dominent la pensée contemporaine. Avant de conclure, nous aborderons la question de la spiritualité, de l’ésotérisme et de la science. Le but de ce texte est de fournir des outils pour comprendre les divergences profondes qui peuvent exister entre différentes visions du monde et les enjeux que cela soulève pour la construction de collectifs émancipateurs.
Partie 1: Divergences et concordance philosophique et idéologique
L’atomisation
Dans nos sociétés modernes, le tissu social dans lequel on s’inscrit est fondamentalement différent du passé1
Au sein de cette vision du système marchand,6
La question de l’intrication
Nous venons de parler de l’approche capitaliste à l’égard du tissu social et de l’organisation locale. Au travers du système marchand totalisant [couvrant la totalité des aspects de notre vie], cette approche encourage un système où les individus et acteur·ices à l’échelle locale sont très peu intriqué·es. Mais nous avons vu également que certains groupes peuvent se retrouver plus intriqués, au travers d’un objectif commun, comme c’est le cas de corps de métier ou de groupes professionnels, par exemple. De façon plus générale, plus les acteur·ices et individus sont intriqué·es au sein d’un tissu social ou d’un groupe, plus il leur est nécessaire de partager un langage ou des concepts, des croyances, des valeurs et des fonctionnements. Prenons un écolieu par exemple, où l’éducation des enfants, la subsistance alimentaire au travers du maraîchage ainsi que la sécurité financière sont partagé·es : on peut dire, dans ce cas, que l’intrication des membres est très grande ou importante. Dans cet exemple - qui n’est pas, par ailleurs, représentatif de tous les écolieux, loin de là - la question des croyances, par exemple, peut créer des tensions importantes. L’éducation des enfants devient une question épineuse si sur le lieu coexistent, par exemple, une idéologie catholique et une idéologie queer. Les conflits qui découleraient de la coexistence entre ces visions fondamentalement différentes serait difficile à gérer. Cependant, ces deux idéologies pourrait exister bien plus facilement dans une menuiserie partagée10
Les plans et niveaux fondamentaux
Dans cette perspective, il est donc important de comprendre la vision et les idées d’autrui. Dans un premier temps, pour composer avec eux sur un plan logistique, mais surtout pour pouvoir se mettre à leur place et intégrer leur perspective au sein de nos réflexions pour, par exemple, prendre des décisions collectives. L’exemple précédent opposait une idéologie catholique et une idéologie queer 11
- Ontologique : le niveau de l’ontologie regroupe les croyances et explications qui concernent la nature de la réalité ; de ce qui constitue ou non la réalité.
- Cosmologique : sur le plan de la cosmologie, il est question des règles qui régissent l’univers ou le cosmos. Par exemple, les lois physiques comme la gravité ou spirituelles comme la réincarnation.
- Épistémologique : concerne les manières de connaître, les critères de vérité et les sources de légitimité du savoir. Par exemple, la connaissance vient-elle de révélation religieuse ou de la méthode scientifique.
- Axiologique : le domaine de l’axiologie concerne les réflexions autour de ce qu’on pense être juste, souhaitable ou bien, et par opposition ce qui ne l’est pas. Par exemple, le fait de valoriser la biodiversité et la nature est une réflexion qui se situe sur le plan axiologique ; le plan des valeurs.
- Politique : la manière d’organiser le pouvoir, la légitimité des institutions, la place de l’individu et du collectif. Par exemple, monarchie de droit divin, démocratie libérale ou l’anarcho-communisme.
- Esthétique : les conceptions du beau, du sensible et des symboles. Par exemple, l’architecture et les pratiques artistiques.
- Spirituelle : les croyances et pratiques liées au transcendantal, au divin, à l’âme ou encore à la quête de sens. Par exemple, la prière, la méditation ou des rituels.
Il est important de comprendre ces plans pour savoir où et comment des réflexions divergent. L’exemple que nous avons cité diverge sur de nombreux plans. Le plan le plus évident est celui de l’axiologie, où l’idéologie queer a des valeurs qui ne sont pas compatibles avec le catholicisme12
Ontologie et épistémologie
Les autres textes que nous avons écrits abordent les questions politiques, axiologiques et, entre les lignes, esthétiques. Dans ce texte, nous allons nous concentrer sur les plans de l’ontologie et de l’épistémologie, qui sont certes plus abstraits mais aussi plus fondamentaux. Ces plans ont un héritage historique important qui a de nombreuses ramifications dans les différentes idéologies, philosophies et approches contemporaines. Nous ne pourrions pas être exhaustifs dans ce texte, alors nous allons nous concentrer sur ce qui nous semble essentiel. Les réflexions autour de l’ontologie — pour rappel, ce sont les réflexions autour de ce qui est réel ou non — ont historiquement été marquées par la composition entre une réalité subjective propre à l’esprit et une réalité matérielle indépendante de tout sujet ; dans le sens indépendant de tout observateur ou plus généralement de toute personne. Trois positions ou catégories de positions ressortent de ces réflexions :
- Deux catégories monistes [pas de distinction]
- L’idéalisme : La réalité n’est que ce qui est pensé et il n’existe pas de réalité matérielle.
- Le réalisme : Le réalisme affirme l’existence d’une réalité extérieure indépendante de notre esprit.
- La position dualiste [deux plans] : Affirme qu’il y a deux réalités plus ou moins distinctes, celle de l’esprit d’un côté et celle de la matière de l’autre.
L’idéalisme existe également dans une version moins abstraite, moins fondamentale, appelée l’idéalisme épistémologique ; ce qui le distingue de son sens ontologique que nous avons vu juste avant. L’idéalisme épistémologique s’intéresse à la connaissance et la compréhension de la réalité et non à la réalité directement. Ainsi l’idéalisme épistémologique affirme que, que la matière existe ou non, notre connaissance de celle-ci et nos connaissances en général sont des phénomènes de l’esprit. En d’autres termes, la réalité n’est pas directement accessible mais elle est filtrée par nos sens. Au-delà de nos sens, elle est filtrée aussi par nos représentations, nos concepts et notre langage. L’idéalisme épistémologique au final, prétend que nos concepts et notre représentation de la réalité sont tellement biaisés, tellement imparfaits que la matière, si elle existe, est négligeable dans comment nous percevons notre réalité. L’idéalisme épistémologique est opposé au matérialisme (terme plus contemporain), qui affirme au contraire que la connaissance reflète, pleinement ou partiellement, une réalité matérielle. Autrement dit, le matérialisme défend que la matière a un rôle non négligeable et structure nos représentations de la réalité, nos idées, et de fait notre épistémologie. Le matérialisme est souvent associé au réalisme scientifique, qui soutient que les théories scientifiques visent à décrire le monde tel qu’il est réellement, indépendamment de nos perceptions ou croyances. Le matérialisme peut être entendu à plusieurs niveaux. Sur le plan ontologique, il affirme que la réalité est fondamentalement matérielle. Sur le plan épistémologique, il soutient que notre connaissance est contrainte par cette matérialité, puisque l’esprit lui-même est un produit de processus matériels. L’utilisation de ces termes a beaucoup évolué ; ainsi, ils ne sont pas facile à définir car elles ont notamment beaucoup de porosité, malgré tout résumons dans un tableau ce que ces termes veulent dire en fonction de si on les utilise dans le contexte ontologique ou épistémologique :
| Thermes | En ontologie | En ontologie épistémologique |
|---|---|---|
| Idéalisme | La matière n’existe pas, il n’y a que l’esprit | La connaissance est une construction de l’esprit |
| Réalisme | La réalité existe indépendement de notre esprit | La connaissance reflète une réalité externe à nous |
| Dualisme | La matière et l’esprit existent séparément | La connaissance est une interaction esprit/matière |
| Matérialisme | Tout est matière ou propriétées de celles-ci | La connaissance reflète la matière puisque l’esprit lui-même est un produit de processus matériels |
Comme nous avons vu dans le texte sur le libéralisme, les 17e et 18e siècles ont vu la naissance de ce courant qui, à la fin du 18e et pendant le 19e, défendait la rationalité ainsi que le progrès technologique et scientifique. Comme l’affirme Milton A. Rothman13
Hors du milieu académique, le relativisme va accentuer la perte de confiance dans les institutions scientifiques et plus généralement la science. D’autres récits vont se renforcer, compatibles avec le libéralisme contemporain, notamment dans le champ spirituel, ésotérique et New Age.15
Partie 2: Le nouveau matérialisme
La genèse du nouveau matérialisme
Le nouveau matérialisme est un courant qui va s’opposer à l’idéalisme, et dans une certaine mesure au relativisme mais en partageant de nombreuses critiques à l’égard d’approches historiques. Le nouveau matérialisme s’accorde avec le relativisme sur le fait que notre accès à la matérialité et à la réalité est imparfait, biaisé et situé. Le nouveau matérialisme partage donc une vigilance à l’égard de comment sont produites les connaissances et partage également l’opposition à de nombreux dualismes. Pour autant, comme son nom l’indique, il a pour projet de remettre la matière au cœur de l’analyse. En effet, il critique les approches historiques de la sociologie, de la science, de l’anthropologie, et bien d’autres qui placent l’être humain à part, dans un statut d’exception, vis-à-vis de toutes les autres composantes de la réalité. Malgré le développement d’une approche relationnelle dans les courants relativistes, cela reste principalement des relations et des réseaux d’humains. Le nouveau matérialisme va proposer une perspective relationnelle incluant les objets. Il invite par ailleurs à dépasser cet anthropocentrisme, qu’il voit comme caractéristique des approches historiques. La théorie de l’acteur-réseau de Bruno Latour s’inscrit parfaitement dans ce courant en mettant en avant l’interconnexion entre les sujets humains et les objets18.
- l’aspect relationnel de la réalité plutôt qu’une approche individuelle ou essentialiste
- une approche non anthropocentrique ou post-anthropocentrique
- une approche moniste encourageant l’abandon du dualisme esprit/matière mais aussi des dualismes comme nature/culture, féminin/masculin
- une approche post-représentationnaliste qui est une approche qui critique l’idée selon laquelle la connaissance ou la perception consiste principalement à représenter la réalité à travers notre imagination, des images, des modèles ou des symboles. Le post-représentationnalisme affirme que les connaissances ne sont pas uniquement produites par des réflexions et des représentations hors sol et abstraites mais par des actions concrètes interagissant avec d’autres objets.
Le nouveau matérialisme a une perspective singulière sur la matière à qui il attribue de l’agentivité. Elle n’est pas simplement passive et inerte attendant d’être perçue. Il considère les objets non humains allant de la voiture à la bactérie, du béton au tissu, ou de l’immeuble au smartphone comme des objets capables d’agir et de fait d’être des acteurs. Parfois appelés agents, ces acteurs constituent le monde social et politique. Le monde social et politique est composé de ces agents mais également par ces agents. Dans cette vision l’humain n’a pas de position privilégiée, c’est un acteur parmi tant d’autres. Par exemple, la notion d’affect est appliquée aux objets qui sont capables d’être affectés [subir une action] mais d’affecter [exercer une action sur] à leur tour comme le présentent Deleuze et Guattari. Dans un contexte où il faut réfléchir à notre rapport au monde notamment sur le plan écologique, cette notion d’affect propre aux objets permet d’envisager le climat, les océans, les rivières ou les forêts non comme des simples décors mais des forces dans un réseau dont nous et de nombreux autres objets dépendons.
Le nouveau-matérialisme n’est pas aussi homogène que la présentation ci-dessus pourrait faire penser ; il existe des divergences sur de nombreux points. Cette présentation a essayé d’esquisser les points les plus consensuels du nouveau matérialisme. Certains sous-courants du nouveau matérialisme comme le réalisme spéculatif insistent sur l’idée d’un réel indépendant de notre perception. Autrement dit, le réalisme spéculatif insiste sur le fait que le monde existe et agit sans la participation de l’humain. Ce courant définit donc le réel comme totalement indépendant de la subjectivité humaine, autrement dit que le réel est indifférent à l’humain. Ce qui implique que pour y avoir accès il faut dépasser la perception humaine ; ce qui est proposé de manière différente par les penseurs et penseuses du réalisme spéculatif. En pensant au-delà de l’expérience immédiate, en formulant des hypothèses sur la structure du réel et en spéculant, il est possible de concevoir les objets de manière idépendantes de leurs relations à nos perceptions.
Le nouveau matérialisme est très mal nommé car ses principes ne sont nouveaux qu’au sein de la philosophie occidentale. Cette vision relationnelle, non anthropocentrique et attribuant de l’agentivité à la matière est présente dans de nombreuses cultures et philosophies à travers le monde depuis des millénaires. Par exemple, de nombreuses cultures autochtones à travers le monde ont des visions du monde qui reconnaissent l’agentivité des éléments naturels comme les rivières, les montagnes, les animaux et les plantes. Ces cultures voient souvent ces éléments comme des entités vivantes avec lesquelles les humains doivent entretenir des relations respectueuses et équilibrées. De même, dans de nombreuses traditions spirituelles d’Asie comme l’hindouisme, le bouddhisme et le taoïsme, il existe une reconnaissance profonde de l’interconnexion entre tous les êtres vivants et non vivants.

Comme dépeint dans le schéma ci-dessus, on peut représenter cette vision ontologique au travers d’un graphe. Un graphe est un schéma composé de nœuds (les cercles) et d’arêtes (les liens). Les nœuds représentent les objets tandis que les liens représentent les relations entre ces objets. Dans cette représentation, il n’y a pas de hiérarchie entre les objets, ils sont tous au même niveau et interconnectés formant un réseau complexe. Cette représentation illustre l’idée que la réalité est composée d’une multitude d’objets interagissant les uns avec les autres, sans qu’aucun objet ne soit fondamentalement plus important ou central que les autres sur le plan ontologique. Pour plus d’information sur la représentation en graphe et hypergraphes, voir l’annexe “Représentation en graphe et hypergraphe”.
Le nouveau matérialisme comme ontologie et épistémologie
Une critique récurrente des ontologies plates, c’est à dire les ontologies qui mettent en avant la relation entre des objets en incluant les humains, les animaux comme des objets au même titre que les autres, est justement cette horizontalité. On reproche à ces ontologies le fait de ne pas hiérarchiser entre les entités et que, de fait, la valeur d’un humain équivaudrait à celle d’un arbre ou la valeur des êtres sentients serait équivalente à celle d’une chaise. L’erreur ici est de confondre les plans que nous avons évoqués ci-dessus. Le nouveau matérialisme est une ontologie mais surtout une épistémologie, ce qui veut dire qu’elle traite de comment considérer et représenter la réalité. Autrement dit, le nouveau matérialisme ne cherche pas fondamentalement à aborder les questions de la hiérarchie des valeurs ou des valeurs tout court, qui concernent le plan axiologique et non épistémologique ou ontologique. Il est vrai que certains penseurs, comme Bruno Latour notamment dans son livre Face à Gaïa, appliquent ces logiques dans le domaine de l’axiologie et de la cosmologie. Il est vrai également que le nouveau matérialisme ne peut pas exister de façon isolée sur les plans ontologiques et épistémologiques. Le nouveau matérialisme ne peut qu’avoir un impact sur les autres plans et notamment le plan axiologique. Néanmoins, cet impact n’est pas nécessairement une homogénéisation ou un aplatissement sur le plan axiologique et éthique. Les quatre principes cités plus haut, auxquels les penseurs du nouveau matérialisme appellent à intégrer dans la méthodologie, n’affirment en rien le fait de placer au même niveau toutes les entités ou objets. Ce n’est pas parce que ontologiquement et épistémologiquement nous considérons que les humains, les arbres, les rivières et les bactéries sont des acteurs au sein d’un réseau que nous devons leur attribuer la même valeur ou le même statut éthique. Autrement dit, le nouveau matérialisme permet une représentation de la réalité qui peut être ensuite texturée et hiérarchisée sur le plan axiologique et éthique. Après tout, le but de ces plans, axiologique et éthique, est d’apporter la forme et le volume à une représentation de la réalité.

Le schéma ci-dessus illustre comment un autre plan peut créer du relief sur une ontologie plate. Ici, le relief est créé par un plan axiologique qui attribue une valeur intrinsèque [valeur inhérente, fondamentale] aux objets considérés comme sentients comme c’est le cas dans certaines approches animaliste comme l’antispécisme.
Comment déterminer ce qui est réel ?
Nous avons vu ci-dessus plusieurs illustrations présentant un graphique de différents objets et de leurs relations formant un réseau représentant la réalité. Comme nous l’avons vu cette représentation ne peut qu’être naïve pour plusieurs raisons: la première est que notre accès à la réalité est imparfait, limité par nos sens et biaisé par de nombreuses causes sociales et culturelles; la deuxième raison est que la représentation doit obligatoirement filtrer ce qu’elle représente, autrement dit elle doit choisir ce qu’elle montre ou non. En effet, la réalité est d’une telle complexité que l’on ne va pas pouvoir inclure tous les objets au sein d’une représentation.19
Dans le cas des thèmes centraux de ce texte, qui sont le matérialisme et le nouveau matérialisme, comme leurs noms l’indiquent, l’emphase est mise sur la matière. Ce que nous allons considérer comme réel et ce que nous allons représenter sera donc défini uniquement à l’égard de la matière ou de ses propriétés [caractéristiques]. Pour que quelque chose existe ou soit accepté dans la représentation de la réalité il faut que cet objet possède une matérialité. Le terme de conditions matérielles est souvent utilisé pour décrire cette matérialité associée à un objet. Quel que soit l’objet, que ce soit un humain ou une chaise, sa définition doit dépendre de ses conditions matérielles. Il peut exister plusieurs définitions pour un objet similaire ; effectivement, les différentes cultures, champs d’études, ou domaines de pratique définiront un objet avec des conditions matérielles différentes.
Pour qu’un objet soit considéré comme réel il faut qu’il ait des conditions matérielles qui le sous-tendent, ce qui n’exclut pas les idée ou les croyances qui existent bel et bien, car elles peuvent être définies par des activités neurobiologiques, des conditions culturelles, et sociales. Néanmoins, une idée ou une croyance propre à la subjectivité d’un individu ne peut être considérée comme équivalente a ce qu’elle est censée représenter. Par exemple, la croyance en Dieu d’un individu ne fait pas de Dieu un objet réel dans une approche matérialiste ; autrement dit l’idée de Dieu n’est pas équivalente à l’existence de Dieu. La croyance est bien réelle car elle peut être définie par des conditions matérielles mais Dieu en tant qu’objet n’existe pas dans cette approche car il n’a pas de conditions matérielles propres. Analyser une situation de façon matérialiste implique donc d’analyser la matérialité qui sous-tend ce qu’on étudie ; que ce soit par exemple en sociologie, en psychologie ou en histoire. À première vue cela peut donner l’impression que les ressentis, les émotions, ou les relations ne peuvent être considérés comme réels dans cette approche. Pourtant, ce n’est aucunement le cas car il est tout à fait possible de définir ces choses, ces objets, au travers de conditions matérielles au travers de la sociologie, de la biologie, de la psychologie ou de l’anthropologie.20
D’un point de vue matérialiste, une autre façon de voir ce que cela impliquerait qu’un objet ne soit pas lié à une matérialité, est de revenir à la représentation graphique de la réalité que nous avons pu apercevoir dans les illustrations précédentes. Un objet qui n’aurait aucune condition matérielle serait un objet autonome, détaché du reste. Autrement dit ce serait un objet qui n’a pas de relation avec les autres objets ou pour le dire autrement ce serait un objet qui serait isolé du tissu de la réalité. On remarque sur le schéma ci-dessous de tels objets représentés par un cluster [ensemble de nœuds] isolé. En haut à gauche est représenté Dieu ainsi que les concepts qui peuvent graviter autour alors qu’en bas à gauche se trouve la notion de réincarnation. Ces deux clusters sont isolés du reste du graphe ce qui illustre le fait qu’ils ne sont pas liés à une matérialité. Les relations subjectives et personnelles que les individus peuvent avoir avec ces concepts ne sont pas considérées comme suffisantes pour les inclure dans une représentation matérialiste de la réalité contrairement aux conditions matérielles qui génèrent cette subjectivité comme la religion, la culture, les rituels, les textes, les institutions, et bien d’autres.

Pour déterminer ce qui est réel, ce qui est sous-tendu par une matérialité, il existe divers outils ; le plus répandu étant la méthode scientifique. Contrairement à certains raccourcis qui sont utilisés pour la décrire, la méthode scientifique ne cherche pas dans un premier temps à expliquer toute chose mais bien à vérifier si une matérialité sous-tend son sujet d’étude.21
L’autre confusion est de faire l’amalgame entre la science et la méthode scientifique. La science est un terme-valise qui englobe plusieurs idées. Défendre la méthode scientifique ne revient donc pas à défendre la science. La science est instrumentalisée par la politique, la communication en général, le marketing ainsi que certains gourous du New Age.22
Fenêtrage et arbitrage
Comme nous l’avons vu, la représentation ontologique proposée ici ne peut représenter la complexité de la réalité. Chaque représentation est donc située et contextualisée. Des choix sont faits sur ce qui sera inclus ou non sur la représentation. Autrement dit, quand nous allons étudier ou observer un phénomène, un choix est fait sur l’échelle, le périmètre ainsi que le champ d’études. C’est ce que nous appellerons fenêtrage. En imagerie médicale, par exemple ce qui est produit par une IRM, les informations contenues dans l’image générée sont trop denses pour être analysées comme telles. Le technicien, en fonction de ce que le radiologue ou le chirurgien veut observer, paramètre un fenêtrage permettant de choisir les densités23
La définition d’un objet, autrement dit les conditions matérielles qu’elle englobe, ainsi que les liens que cet objet a avec les autres objets autour dépend de ce fenêtrage. Pour de nombreuses études en sociologie, par exemple, il est peu probable que l’échelle moléculaire soit utile. Dans une enquête sur un homicide, par exemple, il est peu probable qu’obtenir l’alibi d’un nouveau-né sois d’une grande utilité. Dans notre vie quotidienne les nœuds et les relations auxquelles nous nous intéresserons ont également un fenêtrage mais contrairement aux autres exemples elle est moins consciente et choisie. Ce fenêtrage vient de notre socialisation, notre éducation, la culture dans laquelle nous nous berçons, de notre état de fatigue, des niveaux hormonaux mais également du dernier livre que nous avons lu. Dans tous les cas, il y a un certain arbitrage qui a lieu pour définir ces fenêtres. Par ailleurs, cet arbitrage va au-delà de simplement les fenêtres mais de la catégorisation des informations en leurs seins. Quelles informations, quelles matérialités, regroupons-nous pour former des objets et des relations?
Cette nature située, contextuelle, ou choisie de la représentation de la réalité, n’est pas un problème en soi mais le reflet des matérialités qui nous définissent. Tous les autres plans que nous avons évoqués dans ce texte sont principalement des fenêtres au travers desquelles nous organisons et hiérarchisons les objets, que ce soit des valeurs dans le cas de l’axiologie, ou l’apparence des objets dans le cas du plan esthétique. La question mise en exergue précédemment sur la compatibilité entre différentes visions du monde est en réalité une question de la compatibilité entre différents fenêtrages et arbitrages.
Partie 3: La spiritualité
Qu’en est-il de la spiritualité et de l’ésotérisme ?
Nous avons déja abordé de nombreux points autour de la compréhension collective et de la représentation de la réalité, mais un des plans que nous n’avons pas encore abordé est celui de la spiritualité. C’est un plan qui soulève de nombreuses questions et incompréhensions, le rendant incontournable dans la compréhension des visions du monde d’autrui - rappelons que cette compréhension est nécessaire pour se mettre à la place d’autrui. Rappelons la définition de spiritualité qui inclut les pratiques, croyances et approches en lien avec le sens de la vie, le divin, le transcendantal, ou l’âme. On remarque donc que c’est un terme qui est large et qui englobe de nombreuses pratiques et croyances différentes. Essayons donc d’y voir plus clair en commençant par lister quelques exemples de croyances spirituelles : le judaïsme, le christianisme, l’hindouisme, le taoïsme, le jaïnisme, le new-age, le rastafarisme, et bien d’autres. On remarque que cette liste est non exhaustive et qu’elle inclut des religions institutionnalisées, mais également des pratiques plus individuelles et moins structurées. Les pratiques spirituelles sont également nombreuses et variées : la prière, la méditation, le yoga, le jeûne, les pèlerinages, la contemplation de la nature, la lecture de textes sacrés, entre autres. Ces pratiques peuvent être effectuées individuellement ou en groupe, et elles peuvent varier considérablement d’une école spirituelle à l’autre.
Certaines de ces pratiques sont vielles de plusieurs milliers d’années, d’autres sont très récentes. Dans notre texte “Anti-Libéralisme” nous avons explicité le contexte de la naissance du libéralisme à la fin de la Renaissance, et comment le rejet des religions traditionnelles ont accompagné l’évolution du libéralisme. Ces mêmes évolutions et contextes historiques ont donné naissance et ont fourni les fondamentaux de nombreuses pratiques modernes.24
Pour mieux comprendre ce que ces croyances recouvrent, expliquons maintenant quelques termes utilisés autour de la spiritualité et de l’ésotérisme (ce glossaire est long, n’hésitez pas à passer directement à la suite si vous êtes déjà familièr·e avec ces termes ou si vous souhaitez aller à l’essentiel):
| Termes | Définitions |
|---|---|
| Spiritualité | Regroupe les pratiques, croyances et approches en lien avec le sens de la vie, le divin, le transcendantal, ou l’âme. |
| Religion | Système organisé de croyances, de pratiques, et de rituels centré·es autour de la vénération d’une ou plusieurs divinités ou forces spirituelles. |
| Déisme | Regroupe les croyances en l’existence d’un dieu créateur qui n’intervient pas dans le monde après sa création. |
| Théisme | Regroupe les croyances en l’existence d’un dieu qui intervient activement dans le monde et la vie des êtres humains. |
| Ésotérisme/gnosticisme | Croyance basée autour de la notion d’initié·e et de non-initié·e et du rôle particulier des personnes adeptes ou considérées comme possédant une sensibilité particulière. Le système de croyance et sa compréhension n’est accessible que par ces adeptes. Ces connaissances, réservées aux adeptes, s’appellent aussi gnose. Cette croyance favorise l’idée d’initiation (stages, formations, sort, séance…) pour devenir adepte. |
| Conspiritualité | Regroupe les théories du complot qui comportent des croyances spirituelles ou ésotériques, souvent caractérisées par l’idée que des forces occultes ou des élites cachées manipulent les événements mondiaux à des fins spirituelles ou ésotériques. |
| Théosophie / Théosophisme | Syncrétisme et courant ésotérique fondé à la fin du 19e siècle par Helena Blavatsky, qui combine des éléments de philosophie orientale (notamment bouddhisme et hindouisme), de mysticisme occidental, d’éléments du christianisme et de spiritualité. |
| Occultisme | Ensemble de pratiques et de croyances ésotériques visant à explorer les aspects cachés ou mystérieux de la réalité, souvent associées à la magie, à l’alchimie, à l’astrologie, et à d’autres disciplines ésotériques. |
| Anthroposophie | Mouvement spirituel et éducatif fondé par Rudolf Steiner au début du 20e siècle fortement inspiré par la théosophie, qui intègre des éléments de philosophie, de spiritualité, et de sciences occultes. |
| New Age | Croyance ésotérique née dans les années 1970 centrée sur trois piliers : le millénarisme, le holisme et le moi sacré. |
| Le millénarisme | Croyance en une transformation spirituelle majeure de l’humanité qui mènera à une nouvelle ère, souvent associée à une ère de paix et d’illumination. |
| Le holisme | Approche epistémologique qui considère que la réalité ne peut être comprise qu’en s’y immergeant, en la vivant profondément et totalement. |
| Le moi sacré | Regroupe les croyances valorisant une dimension spirituelle intrinsèque à chaque individu, souvent associée à l’idée que chaque personne a un potentiel divin ou spirituel unique. |
| Le féminin sacré | Inspirée de la théosophie avec une porosité importante avec les mouvements “sorcières” et Wicca, cette croyance valorise une dimension spirituelle associée au féminin, conférant souvent des capacités propres aux femmes et encourage à se reconnecter à sa féminité « profonde ». |
| Wicca | Religion néo-païenne moderne créée dans les années 1950 par Gerald Gardner, centrée sur la vénération de la nature, la magie, et le culte de divinités polythéistes. |
| Néo-paganisme | Mouvement spirituel contemporain qui s’inspire des anciennes religions païennes, mettant l’accent sur la vénération de la nature, les cycles saisonniers, et les divinités polythéistes. |
| Ésotérisme chrétien | Courant ésotérique qui cherche à explorer les aspects mystiques et cachés du christianisme, souvent en mettant l’accent sur la connaissance intérieure et la transformation spirituelle. |
| Channeling | Pratique ésotérique consistant à recevoir des messages ou des informations de sources spirituelles, souvent par le biais de médiums ou de personnes considérées comme ayant des capacités psychiques. |
| Ere du Verseau | Concept ésotérique et New Age qui suggère une nouvelle ère spirituelle caractérisée par des changements positifs dans la conscience humaine, souvent associée à des idées de paix, d’harmonie, et d’illumination. |
| Neochamanisme | Mouvement spirituel contemporain qui s’inspire des pratiques chamaniques traditionnelles, souvent en les adaptant à un contexte moderne et en mettant l’accent sur l’individu, sur la guérison, la connexion avec la nature, et l’exploration spirituelle. |
| Pleine conscience | Pratique méditative visant à cultiver une attention consciente et non-jugeante envers le moment présent |
| Tantrisme | Tradition spirituelle et ésotérique originaire de l’Inde, qui met l’accent sur des pratiques rituelles, méditatives, et philosophiques visant à atteindre l’illumination spirituelle et la libération. |
L’anthroposophie est un exemple de porosité entre ésotérisme, spiritualité et science. L’anthroposophie est très influente au travers de ses écoles, principalement Waldorf-Steiner, de l’agriculture biodynamique (ayant comme prérequis des pratiques ésotériques). Plusieurs ministres en sont adeptes comme Françoise Nyssen, la ministre de la santé Catherine Vautrin qui a soutenu la biodynamie, des banques anthroposophes (qui investissent principalement dans des projets anthroposophes) comme la Triodos Bank, GLS, et la NEF en France, ou des entreprises comme Weleda, le label bio Demeter et bien d’autres hébergés par des conglomérats capitalistes [concentrations d’entreprises en vue d’une diversification d’activités] comme Coopera ou Remei ; ce dernier fournit des tissus aux grandes marques comme Galerie Lafayette, Mammut ou Maloja.
Maintenant que nous sommes familiarisé·es avec quelques termes et concepts autour de la spiritualité et de l’ésotérisme, il est temps de les envisager à l’aune des [au regard des, en fonction des, par rapport aux] autres éléments que nous avons abordés dans ce texte. Un des problèmes majeurs de l’ésotérisme contemporain est son inclusion au sein du modèle dominant.28
Cette vision épistémologique centrée sur la perception individuelle entre en conflit direct avec la méthode scientifique décrite plus haut. L’ésotérisme et la spiritualité deviennent particulièrement dangereux·ses quand iels se placent en opposition à la science (à comprendre ici au sens des connaissances générées par la méthode scientifique).29
La conspiritualité est un terme en sociologie utilisé pour décrire les dynamiques mêlant conspirationnisme et ésotérisme. Ce complotisme est notamment observé dans les milieux du bien-être et de la spiritualité.31
Pourtant le capitalisme se réjouit d’une telle variété de pratiques et capitalise littéralement dessus. Les produits nécessaires aux pratiques sont marchandisés avec les mêmes logiques nauséabondes que les autres.33
Une autre porosité apparaît dans les milieux ésotériques, au grand étonnement des chercheur·ses qui ont observé la bascule de pratiquant·es ayant une orientation politique plutôt “de gauche” vers des idées “d’extrême droite”.36
De nombreuses pratiques ésotériques et croyances spirituelles sont issues de cultures non occidentales. Souvent elles sont des syncrétismes [combinaisons de doctrines, de systèmes initialement incompatibles] issus de croyances détournées et arrachées de leur tissu social initial. Le néochamanisme, le New Age, la wicca, le tantrisme, ou le féminin sacré en sont des exemples. L’appropriation culturelle de ces pratiques par des individus occidentaux dans un contexte capitaliste et colonial pose de nombreux problèmes.38

On remarque sur le schéma que les relations coloriées à gauche sont perdues à droite lors de l’appropriation. On observe qu’une pratique “appropriée” est moins centrale et moins reliée aux autres objets. Par exemple à gauche sur le schéma, la pratique du taï-chi est au coeur d’un tissu social, culturel et matériel qui lui donne une richesse et une efficacité. A droite, le taï-chi est extrait de ce tissu et devient une pratique isolée, avec moins de liens avec les autres objets, et donc moins de sens et d’efficacité. Autrement dit, le taï-chi “importé” en Occident ne peut prétendre au même intérêt que le taï-chi dans son contexte d’origine, car il a perdu une partie essentielle de sa place. Les mouvements et postures corporelles pratiquées dans le taï-chi sont certes reproduit·es - et encore, souvent de manière incomplète ou occidentalisée - mais la place centrale qu’iels occupent dans leur contexte d’origine est perdue. Les liens avec les autres objets, que ce soient des objets matériels, sociaux ou culturels, sont également perdus. Par exemple, le taï-chi est souvent associé à des pratiques de médecine traditionnelle chinoise, à des philosophies comme le taoïsme, à des rituels, à des fêtes, à des lieux spécifiques, à des relations sociales particulières, etc. En l’isolant de ce contexte, on perd tous ces liens et la richesse qu’ils apportent à la pratique du taï-chi.
L’objectif de ce texte n’est pas d’antagoniser ou de stigmatiser les personnes ayant des pratiques ésotériques. Au contraire, la fragilité des plans ontologique, axiologique, spirituel et esthétique du modèle dominant, de la culture hégémonique, sont une cause éminemment importante de cette quête de sens et de spiritualité. Le “désenchantement du monde”, comme le dirait le sociologue Max Weber, a laissé vacant un besoin que l’ésotérisme cherche à pallier. Une crise de sens est en cours, le besoin d’une spiritualité semble être en hausse, montrant qu’un manque est assurément présent dans nos sociétés occidentales modernes. Par exemple, le nombre de jeunes adultes qui se convertissent au christianisme et aux pratiques ésotériques est en hausse. L’anxiété et le mal-être psychologique lié à un manque de sens dans sa vie sont également en hausse. Comme nous l’avons vu ci-dessus, le capitalisme et le libéralisme sont des cibles légitimes de critiques qui sont véhiculées au sein de ces croyances se mêlant à des fabulations conspirationnistes. De fait, ce texte cherche à montrer différentes problématiques liées à ces croyances ou ces pratiques, ainsi qu’à s’outiller pour les analyser de façon critique et les comprendre.
Il faut impérativement chercher à pallier à ces problèmes de sens et de perte de repères. Peut-être que cela implique une démarche spirituelle mais celle-ci, si nécéssaire, se doit d’éviter les embûches citées ci-dessus. Il faut des concepts au cœur de notre recherche de sens qui soient liés au tissu matériel qui nous entoure et qui aient des conditions matérielles comme bases ; une spiritualité patiente, prête à s’adapter à la réalité qui est la nôtre et non un syncrétisme [combinaison de doctrines, de systèmes initialement incompatibles] issu d’appropriations culturelles. S’il le faut, développons une spiritualité collective qui s’ancre dans le tissu social et matériel plutôt qu’une spiritualité libérale ou individualiste. Une spiritualité qui s’appuie sur des matérialités partagées et communes plutôt que sur des croyances personnelles et subjectives. Une spiritualité qui n’est pas en opposition avec la méthode scientifique mais qui se développe en s’appuyant sur elle comme outil de compréhension du monde. Le nouveau matérialisme et la méthode scientifique n’excluent pas toutes les pratiques spirituelles, mais invitent à une vigilance quant aux matérialités qui les sous-tendent.
Stratégies d’immunisation et mécanismes de défense épistémiques
Pour finir, nous allons aborder deux notions importantes à connaître lors de confrontations, d’échanges, ou de débats autour de visions du monde différentes : d’un coté les stratégies d’immunisation et de l’autre les mécanismes de défense épistémiques40
Une première famille de stratégies consiste à utiliser des hypothèses ad hoc, mobilisées souvent dans les cas d’échecs. Par exemple, ce mécanisme est utilisé dans la parapsychologie, où l’incapacité à reproduire un phénomène sous contrôle est attribuée à la présence d’”ondes négatives” émises par les sceptiques, ou dans certaines pratiques ésotériques où l’absence de résultat est imputée à un “désalignement énergétique”. Une autre stratégie fréquente repose sur l’inversion ou le déplacement de la charge de la preuve. Au lieu de justifier ou d’expliquer leur position, les “croyant·es” exigent de la personne qui porte une critique de prouver l’impossibilité de ce que le système de croyance affirme. Souvent, la personne défendant une croyance demande que la personne critique prouve l’inexistance d’éléments fondateurs plûtot que de les prouver elle-même. Cette inversion de la charge de la preuve particulière est appelée argument de l’ignorance (ou argumentum ad ignorantiam) comme dans le cas où, au lieu de prouver l’existence des extraterrestres sur terre, on demande à la personne critique de prouver qu’iels n’existent pas.
D’autres stratégies passent par une redéfinition des concepts de sorte que la théorie devienne insaisissable. Lorsqu’un traitement médical alternatif ne produit aucun effet mesurable, on affirme qu’il agit sur un plan “subtil” ou “non matériel”, échappant par définition à toute évaluation empirique. Quand un verset dans la Bible est attaqué sur sa véracité on le défend en expliquant, de manière arbitraire, que cette partie de la Bible est métaphorique et n’a pas de prétention factuelle. Ce glissement conceptuel permet de maintenir la cohérence interne du système, tout en évitant toute confrontation avec des critères externes. À cela s’ajoutent des procédés de disqualification du critique. Plûtot que de répondre à la critique, la personne en défense de son système de croyances attaque son “adversaire”, en le décrivant par exemple comme “fermé·e d’esprit”, “formaté·e par le système” ou “trop bête pour comprendre”. L’argument est ainsi contourné non pas parce qu’il serait infondé, mais parce que son émetteur·ice ou sa légitimité sont disqualifié·es.
Enfin, un double standard épistémique permet d’accepter sans difficulté des témoignages fragiles lorsqu’ils confirment la croyance, alors qu’ils doivent être d’une rigueur ou d’une cohérence irréprochables quand ils attaquent la croyance. Les récits anecdotiques, les intuitions personnelles ou les coïncidences deviennent des preuves lorsqu’iels vont dans le sens de l’idéologie, tandis que des études sont rejetées car considérées comme biaisées, pas assez rigoureuses ou pas assez relues par les pairs lorsqu’elles contredisent le système de croyance. Ces stratégies d’imunisation, il en existe de nombreuses autres, contribuent à protéger un système de croyances, non pas parce qu’il est solide ou cohérent, mais en contournant les critiques et les opportunités de remise en question. Ces stratégies d’immunisation jouent ainsi un rôle central dans la résilience et la pérennité de nombreuses écoles spirituelles, ésotériques, ou pseudoscientifiques face à la critique rationnelle.
Les mécanismes de défense épistémique sont des arguments internes au système de croyances, qui visent à protéger la croyance en renforçant sa cohérence interne ou en minimisant l’impact des preuves contraires. Au contraire des stratégies d’immunisation, les mécanismes de défense épistémique ne sont pas mobilisés de l’extérieur du système de croyances mais sont intégrés et présents en son sein. Par exemple, dans la Bible il est mis en avant que seul·es les croyant·es pourront comprendre les écritures saintes, tout au moins, que celleux qui doutent des propos de la Bible doutent pour des raisons spirituelles et non rationnelles. Ce mécanisme de défense épistémique protège la croyance en affirmant que la foi est une condition préalable à la compréhension, ce qui rend toute critique rationnelle inopérante. Cette idée est renforcée au travers de ces extraits: “Que celui qui a des oreilles entende” (Matthieu 11:15 ; Marc 4:9 ; Luc 8:8); “Ils regardent sans voir et entendent sans comprendre” (Matthieu 13:13); “Leurs oreilles sont devenues dures à entendre” (Actes 28:27).
D’autres mécanismes de défense épistémique existent comme le fait de prétendre que le système de croyance est infaillible. Dans l’islam, par exemple, le Coran est considéré comme la parole infaillible de Dieu et donc ne peut être remis en question. Un autre mécanisme est la sacralisation de la source, où celle-ci est considérée comme sacrée, intouchable ou transcendante. Dans ce cas la critique n’est pas une question intellectuelle mais une question spirituelle. Si une personne critique le texte sacré, ou doute du contenu, elle commet une transgression spirituelle, ou au minimum elle vascille dans ses croyances ce qui est souvent mal vu. Cette sacralisation protège la croyance en plaçant le texte ou la source au-delà de toute critique rationnelle. Une autre façon de protéger un système de croyance est d’intégrer les personnes ou les groupes opposés en les catégorisant comme des ennemi·es. Dans ce contexte une personne qui n’est pas d’accord avec le système de croyance est perçue directement comme un·e ennemi·e. Cette catégorisation, au-delà de renforcer un “nous” et un “elleux”, protège la croyance en disqualifiant l’intégrité, la valeur, ou la bonne foi de l’opposant·e. Même selon la biologie comportementale et la psychologie, mettre une personne dans la case “d’ennemi·e” réduit la capacité d’empathie et de compréhension à son égard.41
Le flou et la flexibilité de certaines conceptions, où les symboles ont des significations multiples et adaptives, les rendent quasi-impossibles à critiquer car elles changent de sens. Le système absorbe toute contradiction en la réinterprétant symboliquement. Un exemple de ce mécanisme est l’ambiguïté entourant le concept d’énergie dans de nombreuses pratiques ésotériques vascillant entre métaphore, énergie métabolique ou quantique. Dans les contextes religieux, il est également fréquent que les “écritures saintes” soient interprétées de manière symbolique, allégorique, ou mystique en fonction du contexte. Cette plasticité symbolique protège la croyance en permettant une adaptation constante aux critiques ou aux nouvelles informations. Enfin, un autre mécanisme de défense épistémique est l’invisibilité ontologique, où les concepts ou entités du système de croyance sont définis comme non observables ou non saisisables par nature. Du coup, le fait qu’elles ne puissent pas être observées ou mesurées écarte de nombreuses critiques empiriques. Par exemple, dans de nombreuses pratiques ésotériques les entités spirituelles, les chakras, ou les auras sont considérées comme intrinsèquement invisibles et inaccessibles aux méthodes scientifiques conventionnelles.
| Concept | Description |
|---|---|
| Stratégie d’immunisation | Sophisme ou stratégie utilisée pour protéger un système de croyance de la critique |
| Mécanisme de défense épistémique | Argument interne au système de croyance permettant de protéger la croyance de critiques externes |
| Stratégies d’immunisation | Description |
|---|---|
| Ad hoc | Quand une personne justifie la théorie en ajoutant des hypothèses liées au contexte comme, par exemple, “la présence d’énergie négative” dans le cas d’un échec de soin |
| Inversion ou déplacement de la charge de la preuve | c’est aux critiques de prouver que la théorie est fausse et, dans le cas spécifique appelé l’appel à l’ignorance (argumentum ad ignorantiam), la personne portant une critique est appelée à prouver la non existence d’une entité comme “les énergies” ou “Dieu” |
| Redéfinition | Modifier les concepts pour éviter la critique |
| Argumentum ad personam | Disqualifier la personne critique en l’attaquant personellement |
| Argumentum ad hominem | Discréditer l’adversaire ou son argumentaire en s’attaquant à l’incohérence entre les actes et les propos de la personne en face |
| Double standard | Quand une personne exige de son adversaire un niveau de rigueur, par exemple scientifique, auquel elle ne se tient pas elle-même |
Il ne faut pas confondre “argumentum ad personam” avec “argumentum ad hominem”. L’argumentum ad personam est la tentative de contourner un argument en attaquant la personne (son intégrité, ses valeurs, sa légitimité, …) sur un autre sujet, alors que l’argumentum ad hominem cherche à discréditer l’adversaire ou son argumentaire en s’attaquant à l’incohérence entre les actes et les propos de la personne en face.
| Mécanisme de défense épistémique | Description |
|---|---|
| L’infaillibilité de la source | Le système de croyance définit ses origines ou ses fondements comme étant infaillibles et inquestionnable |
| Sacralisation de la source | Le sysème de croyance définit ses origines comme sacrées, transcendales ou mystiques en faisant l’expression de doutes ou de critiques une faute, infidélité ou transgression spirituelle |
| La catégorie de l’ennemi·e | L’opposant·e est désigné·e en interne comme un·e ennemi·e (l’élite, l’étrangèr·e, le·a bourgeois·e, gauchiste, traître·sse, etc.) |
| La plasticité conceptuelle et symbolique | Les concepts ont des significations multiples, modulables, souvent non falsifiables. Le système de croyance détourne la contradiction en la réinterprétant symboliquement |
| L’invisibilité ontologique | Le système de croyance définit certains éléments comme insaisissables, inobservables, non accessibles par les sens ordinaires ou l’expérimentation |
Ces listes ne sont pas exhaustives mais donnent des exemples de chaque concept et fournissent des outils conceptuels pour identifier ces dynamiques courantes.
Conclusion
Nous avons vu dans ce texte que pour s’organiser politiquement et collectivement, il est nécéssaire de partager une certaine base commune. Ce langage commun est d’autant plus nécessaire si l’intrication du plan social et des logistiques de subsistance est grande. Nous avons listé de manière non exhaustive des plans d’analyse et philosophiques permettant de mieux comprendre la nature des divergences possibles ; soit les plans : ontologique, cosmologique, épistémologique, axiologique, politique, esthétique, spirituel. Ce texte s’est ensuite penché sur l’histoire des approches ontologiques en mettant en lumière certaines fractures et critiques d’approches historiques. Le nouveau matérialisme est présenté comme une alternative intéressante pour penser notre rapport au monde, surmontant certaines embûches présentes dans des approches historiques comme l’anthropocentrisme, l’essentialisme et l’individualisme. Nous avons expliqué en quoi le nouveau matérialisme permet une représentation de la réalité qui est certe “plate” (mettant tous les objets sur le même plan) au niveau ontologique et épistémologique mais qui n’empêche en aucun cas une hiérarchisation et une texturation sur d’autres plans comme l’axiologie et l’éthique.
Nous avons ensuite dépassé la question de la représentation de la réalité pour aborder la question de la matérialité et de comment déterminer ce qui est réel. Nous avons explicité que le nouveau matérialisme présenté dans ce texte s’appuie sur ce qu’il appelle des conditions matérielles pour définir ce qui est réel. Ce qui veut dire que pour qu’un objet soit considéré comme réel il faut qu’il puisse être défini à l’égard de la matière ou de ses propriétés matérielles. Nous avons ensuite abordé la question de la spiritualité et de l’ésotérisme sans pour autant affirmer que le matérialisme est incompatible avec une approche spirituelle, mais plutôt qu’il exclut certaines croyances et pratiques ésotériques qui ne sont pas fondées sur des conditions matérielles. Nous avons encouragé, si une spiritualité s’avérait réellement nécessaire, à développer une spiritualité collective, ancrée dans le tissu social et matériel, plutôt qu’une spiritualité individualiste et appropriée de manière superficielle. Le texte fournit les concepts et le vocabulaire permettant de mieux comprendre les logiques spirituelles hégémoniques [partagées par la majorité]. Dans cette même logique d’outillage pour mieux appréhender les divergences fondamentales, nous avons conclu avec la présentation de deux notions importantes : les stratégies d’immunisation et les mécanismes de défense épistémiques. Ces deux notions permettent de comprendre comment certaines croyances se protègent de la critique.
L’importance de ces outils est qu’ils permettent d’appliquer l’approche ontologique du nouveau matérialisme sur d’autres plans. Que ce soit en sociologie, en psychologie, en politique, en histoire ou en biologie pour n’en citer que quelques-uns, la perspective qu’offre cette ontologie structure fondamentalement les méthodes utilisées ainsi que l’approche qui transparaît dans les réflexions et la recherche. Concevoir le monde comme un tissu d’interconnexions et appliquer ces principes dans la recherche ou dans la manière de regarder le monde permet d’éviter de nombreuses embûches, comme celles pointées par le nouveau matérialisme. par exemple, l’approche sociologique historique qui étudie les humain·es comme si leur environnement n’importait que peu, ou encore certaines approches en éthologie, où l’on a longtemps étudié les comportements des animaux dans des laboratoires loin de leur environnement naturel. Cette perspective permet de s’extraire de l’anthropocentrisme qui place l’humain·e au centre, en mettant plutôt en avant le fait que fondamentalement il y a peu de différence entre les objets, et que les valeurs (le relief qu’on forme à partir de l’ontologie plate) sont situées, propres à une culture et évolutives. Du point de vue du regard porté sur le monde, cette ontologie et les représentations que nous avons vu·es permettent d’observer les objets non comme des objets indépendants mais comme faisant partie d’une sociologie et d’une écologie complexe. C’est aussi une invitation à contempler les relations autant que les objets qui, comme nous l’avons vu, n’existe pas sans relations.
Notes
- Qu'est-ce qu'une communauté ? En quoi cette notion peut-elle être utile aujourd'hui? de Claude Jacquier dans Vie sociale 2011/2 N° 2
- Sociologie historique du capitalisme de Pierre François, Claire Lemercier
- Voir La Grande Transformation de Karl Polanyi
- Voir L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme de Max Weber
- Voir The social geography of ethnic minorities in metropolitan Paris: a challenge to the French model of social cohesion? de Cédric Audebert et Trust is in the eye of the beholder: How perceptions of local diversity and segregation shape social cohesion. de Van Assche J, Ardaya Velarde S, Van Hiel A, Roets A.
- Le communisme n’échappe pas non plus à ce problème d’organisation économique
- Voir l’ouvrage non traduit Bowling Alone: The Collapse and Revival of American Community de Robert Putnam
- Individuation, individualisation, atomisation. Malentendus de classes Stéphane Le Lay
- Voir “Full Spectrum Resistance” d’Aric McBay
- Une menuiserie partagée fait référence à un lieu où les machines sont mutualisées et où, dans un contexte associatif, différent·es acteur·ices se partagent les outils et les compétences.
- Nous utilisons catholique et idéologie queer ici par simplification, car il y en a effectivement de nombreuses variations et nuances, mais les plus majoritaires peuvent être utilisées dans notre exemple
- Voir “God Save the Queer : Catéchisme féministe de Michela Murgia
- Rothman, Milton A. (1992). The Science Gap: Dispelling the Myths and Understanding the Reality of Science.
- Voir Ideal Minds Raising Consciousness in the Antisocial Seventies de Michael Trask
- Voir Science et valeurs : objectivité du savoir ou relativisme culturel ? Anne-Marie Drouin-Hans, Science et relativisme. Quelques controverses clefs en philosophie des sciences Par : Larry Laudan, L’ésotérisme grand public : le Réalisme Fantastique et sa réception. Contribution à une sociologie de l’occulture Damien Karbovnik
- Pierre Lagrange & Claudie Voisenat – L’ésotérisme contemporain et ses lecteurs, Jessica Dahan – Le renouveau de l’ésotérisme (2019-2024). Stratégies marketing et éditoriales
- Homélie du cardinal Joseph RATZINGER du lundi 18 avril 2005
- Les objets ici ne sont pas simplement les objets qui nous entourent comme une tasse ou un téléphone mais cela inclut également les concepts comme une réunion ou la gravité.
- Voir Perceptions et perspectives. Essais sur la nature de la réalité de Albert Hofmann
- Voir Biologie des émotions de Catherine Belzung, L’empathie est politique. Comment les normes sociales façonnent la biologie des sentiments de Samah Karaki ou le plus ancien mais pionier Le cerveau des émotions de Joseph LeDoux
- Voir La logique de la découverte scientifique de Karl Popper
- Voir sur le site du CNRS https://www.cnrs.fr/fr/actualite/la-science-est-percue-comme-un-principe-de-transformation-socio-economique
- Le fenêtrage est un outil de traitement du signal et de l’information voir la page wikipedia
- Voir New Age Religion and Western Culture: Esotericism in the Mirror of Secular Thought de Wouter J. Hanegraaff
- Voir Les Nouvelles voies spirituelles de Danièle Hervieu-Léger
- Voir La Spiritualité totalitaire de Michel Lacroix et Pour une typologie du nouvel âge de Martin Geoffroy dans Cahiers de recherche sociologique numéro 33
- Voir L'ésotérisme d’Antoine Faivre
- Voir L’ésotérisme contemporain et ses lecteurs de Pierre Lagrange et Claudie Voisenat
- Voir l’article Qui doute de la science ? sur https://www.sciencespo.fr/recherche/fr/actualites/qui-doute-de-la-science/
- Voir Les juges et l'assassin de Gérard Davet et Fabrice Lhomme
- Voir Conspiritualité : quand les théories du complot se mêlent à la culture du bien-être sur https://pivot.quebec/2024/12/06/conspiritualite-quand-les-theories-du-complot-se-melent-a-la-culture-du-bien-etre/
- Voir La fabrique des récits complotistes de Maurice Ronai
- Voir Jessica Dahan, Le renouveau de l'ésotérisme (2019-2024). Stratégies marketing et éditoriales des éditeurs de livres d'ésotérisme en France. Sciences de l’information et de la communication. 2024. ⟨dumas-04734684⟩
- Voir l’ouvrage non traduit Selling Spirituality de J Carrette
- Voir De la spiritualité aux spiritualités de Géraldine Mossière
- Des Mondes à la dérive : réflexions sur les liens entre l'ésotérisme et l'extrême droite un livre de Stéphane François
- Voir « QAnon pastel » ou la surprenante convergence entre conspirationnisme politique et spiritualités New Age de Manéli Farahmand, Sybille Rouiller et Mischa Piraud
- Voir l’ouvrage non traduit Selling Spirituality de J Carrette
- Voir Spiritualité et capitalisme : Une marchandisation du sacré de Danièle Hervieu-Léger (Seuil, 1999)
- Voir Immunizing Strategies & Epistemic Defense Mechanisms de Boudry Maarten et Braeckman Johan
- Voir le livre L'empathie est politique: Comment les normes sociales façonnent la biologie des sentiments de Samah Karaki</u>