Fuire la culture dominante sans s’y fermer complètement
Dans le texte / chapitre « Convivialité non libérale », dans le texte / chapitre « Solidarité et autonomie » ainsi que dans de nombreux autres textes, nous avons expliqué nos désaccords et notre rejet de la culture dominante ainsi que les logiques qu’elle porte et déploie. Nous considérons cette culture comme toxique, emprisonnant le monde dans des logiques écocides, impérialistes et coloniales, individualistes et libérales, et autoritaires pour nommer seulement quelques adjectifs. Au Mallouestan, nous cherchons à dépasser, à s’extraire et à fuir ces logiques aberrantes et ignominieuses.
Pour cela, nous souhaitons développer une culture résiliente face aux embûches de la culture dominante mais qui permet de ne pas s’y couper complètement. Effectivement, nous ne souhaitons pas nous enfermer dans une autarcie culturelle ou sociale.
Construire une culture alternative
Nous souhaitons donc développer une culture adaptée à notre cadre et à notre axiologie, autrement dit, adaptée à nos valeurs et ce que nous considérons comme souhaitable. Une culture collective et locale permettant de fédérer le collectif mais aussi d’accueillir en son sein des personnes de l’extérieur leur permettant de découvrir une alternative. Nous ne voulons pas créer artificiellement une culture de toute pièce de façon hors sol, mais développer et valoriser ce qui apparaît naturellement dans notre vie collective, dans nos échanges et dans nos aspirations. C’est au travers de cette patience que nous essayons de développer une culture alternative liée aux valeurs, au quotidien et au territoire qui définissent le collectif que nous sommes. Une culture portant nos valeurs et qui, de fait, est une culture dont nous pouvons être fier·es. Une culture qui, si jamais elle doit déborder de notre collectif, le fera naturellement de par son attrait et non par un prosélytisme acharné.
Habitant dans un contexte rural, qui est souvent déserté, sous-estimé et méprisé sur le plan culturel, cela est d’autant plus important pour nous de retrouver une certaine autonomie sur les aspects culturels de notre vie, de notre quotidien, de la saisonnalité, du territoire et de les mettre en avant lors de moments dédiés, comme, par exemple, lors de fêtes que nous organisons régulièrement. Nous souhaitons donc permettre à toustes de profiter et d’accéder à ces espaces et à y participer.
Une culture de l’esthétique
Comme nous l’avons évoqué dans le texte/chapitre « Vie saine et enviable », nous souhaitons aux membres de notre collectif des vies riches et épanouissantes. Nous souhaitons une culture de la solidarité et nous souhaitons aussi une culture des techniques et des outils démocratiques. Nous souhaitons également une culture mettant en avant l’importance de l’art et du beau ainsi que les moments collectifs ou individuels de création, d’appréciation, ou de contemplation artistique. En effet, nous souhaitons valoriser la place de l’esthétique dans notre quotidien et dans nos vies. Nous considérons que les œuvres d’art et les œuvres issues de travaux à priori moins portés sur l’esthétique sont sur un même continuum, et nous accordons une place au fait que les réalisations d’ici soient belles et satisfaisantes à voir, à faire, à sentir en général ; qu’il s’agisse d’une charpente bien équilibrée et dans un beau matériau, d’un repas goûtu, de l’aménagement harmonieux et pratique d’un espace, du tableau créé par notre présence dans le potager un jour de beau temps, de la sensation agréable du corps qui travaille avec des techniques adaptées, etc.
De plus, nous souhaitons permettre des espaces et des temps où la partie de ce continuum la plus portée sur l’art soit au premier plan, lors de concerts, d’expositions, de spectacles, et de bien d’autres formes artistiques. Nous voulons permettre l’accès au beau, le désintriquer des logiques marchandes, et démocratiser des formes d’art au sens large que nous considérons souhaitables pour les membres de notre collectif ainsi que pour toute personne intéressée par les techniques esthétiques, les événements, les expositions et les moments culturels que nous proposons. Comme pour ce qui est de la recherche et de la transmission que nous abordons dans le texte/chapitre associé, nous souhaitons développer des espaces comparables aux communs agraires (terres agricoles, terrains, etc.) pour la création, l’expression et la contemplation artistique et esthétique. Nous souhaitons donc développer un espace artistique commun. Cela veut dire un espace qui est utilisé et organisé au-delà de simplement notre collectif. Un espace pour celles et ceux qui souhaitent expérimenter et vivre leur processus créatif sans une exigence de résultats et plus généralement sans attente.