Le besoin d’expérimenter
Ayant adopté un cadre de vie qui diffère en de nombreux points avec celui encouragée et admis par la culture dominante, nombre de nos objectifs que nous détaillons dans différents textes sont jonchés de défis auxquels nous ne sommes pas outillé·es à surmonter. Dans certains cas, les informations, les pratiques et les réflexes qui nous manquent ne sont pas facilement accessibles. Par ailleurs, chaque territoire et chaque collectif étant singulier il y a certaines spécificités qui demandent l’invention de réponses sur mesure.
Cela n’est pas propre au Mallouestan, loin de là. Tout collectif cherchant une alternative en minimisant les compromis avec le système se retrouve face à des défis similaires. L’expérimentation, la recherche, le tâtonnement et les erreurs qui les accompagnent ne sont donc pas un hobby mais relèvent d’une nécessité quand on souhaite s’émanciper de nos ennemis politiques. Le Mallouestan souhaite donc créer un lieu et un contexte qui valorise cette expérimentation et cette recherche, pas seulement pour le collectif mais également pour toute personne souhaitant entamer un processus de recherche et dont les ressources et spécificités du lieu peuvent être une aide.
Différente forme de recherche
Cette expérimentation passe par différents biais et prend plusieurs formes. Une expérimentation quotidienne passe par trouver comment vivre dans le cadre que nous nous sommes fixés : vivre dans un collectif anarcho-communiste, écocentriste, anti-libéral, etc. Ce n’est pas seulement respecter le cadre tel quel mais aussi de l’affiner, de le faire évoluer, de le rendre plus réaliste, et d’accepter là où on s’est trompé. C’est un cadre qui doit répondre aux différentes exigences des différents publics concernés. Pour ce qui est de sa mise en œuvre, il faut apprendre de nouvelles façons de vivre et développer un nouveau rapport au monde. Développer des relations plus horizontales, développer des réflexes et des rapports à autrui moins individualistes et libéraux ou réapprendre à cuisiner en mêlant sauvage et plantes maraîchères sont quelques-uns des chantiers que la mise en œuvre du cadre peut impliquer.
D’autres moments sont plus explicitement des opportunités d’expérimentation. Par exemple, un chantier participatif pour construire un abri en terre et chaume. Au-delà du matériel, cela passe aussi par des moments de discussion entre collectifs pour partager l’expérience et les erreurs communes. Au Mallouestan nous avons l’objectif de développer des liens avec des organismes et des associations qui ont comme but principal la recherche. Par exemple, des collectifs d’archéologie expérimentale qui, au travers de tests empiriques, vérifient des hypothèses archéologiques. En travaillant avec de telles structures nous mettons à disposition nos moyens et partageons la conclusion de l’expérimentation.
La transmission
Toutes les compétences n’ont pas été acquises par la recherche. En effet, les membres, les visiteurices ainsi que les personnes qui gravitent autour du lieu en possèdent en abondance. Au-delà de la recherche donc, le Mallouestan a pour objectif de permettre la transmission de ses compétences et de les partager au plus grand nombre. Cela passe par nos formations et nos stages effectivement mais également tout simplement par les personnes qui sont en visite et qui, en vivant notre quotidien, apprennent en faisant. Pour nous, les connaissances, les techniques et les savoir-faire ne sont pas une énième ressource à marchandiser. De nombreuses pratiques permettent de s’autonomiser et de réduire notre dépendance à l’égard de nos ennemis politiques. Il est donc de notre responsabilité collective quand nous avons la chance et les moyens de le faire, de partager et de démocratiser les savoirs et combattre les différents chauvinismes [discriminations] et accaparement les concernant.
Un lieu de recherche et de transmission
L’objectif du Mallouestan n’est pas de se placer en tant que savant ou acteur unique de la recherche. Nous souhaitons créer un lieu favorisant et valorisant la recherche et la transmission. Cela veut dire que nous souhaitons développer ces dynamiques, qu’elles nous implique directement ou non. Nous souhaitons que des collectifs viennent transmettre des savoirs, organisent des chantiers participatifs ou des conférences au Mallouestan. Cela peut être de former leurs membres en interne sans que nous soyons impliqué·es au-delà de la mise à disposition des moyens que nous avons le privilège de posséder collectivement. Cela rejoint notre objectif de créer des communs au-delà du foncier. Nous voulons créer des espaces communs de recherche et de transmission. Des espaces qui s’organisent et qui sont utilisés en commun au-delà d’une personne ou d’un collectif seul. Nous souhaitons dépasser la marchandisation des savoirs et des espaces permettant à ces savoirs de se développer et de se transmettre.