Les techniques autoritaires
Un des objectifs du Mallouestan est de rompre avec les techniques autoritaires. C’est-à-dire à dire les pratiques, les outils et les technologies qui nécessitent une centralisation du pouvoir. Les techniques autoritaires sont les techniques qui ne peuvent exister sans rapports de domination et injustices sociales. Le confort occidental par exemple passe par de nombreuses exploitations. Que ce soit par l’exploitation des humains et humaines extrayant les ressources dans des contextes néo-coloniaux, l’exploitation des ressources terrestres et de la terre, l’exploitation des femmes et des enfants ou celle des animaux domestiques, tous nécessitent des rapports de pouvoir considérables.
Les techniques autoritaires sont mises en opposition avec les techniques démocratiques qui, au contraire, sont à la portée de communautés à échelle locale et ne nécessitent pas de rapports de pouvoir autre que démocratiques. Prenons un exemple, la tronçonneuse nécessite plusieurs pôles de centralisation du pouvoir, que ce soit la classe des ingénieurs qui les conçoivent, les universités qui forme ces ingénieurs perpétuant la reproduction sociale, l’extractivisme pour les minerais, l’esclavage moderne pour la fabrication des pièces permettant un coût abordable, l’exploitation de la planète au travers du pétrole ou du néodyme, et bien souvent les travailleurs précaires qui s’affairent à les utiliser ou à les réparer. Les exploitations prérequises pour la l’utilisation d’une simple tronçonneuse sont tentaculaires. L’alternative que représente la hache n’est pas simplement un autre outil mais un autre rapport aux autres et à leur exploitation. Là où la tronçonneuse est une technologie autoritaire la hache peut quant à elle être extraite à une échelle locale — dans les lieux avec un contexte géologique le permettant —, forgée et façonnée par un taillandier et utilisée par de multiples générations qui ne sont pas dépendantes pour la maintenance de l’outil que ce soit pour remplacer le manche ou l’aiguisage de la lame.
Une subsistance démocratique
Nous souhaitons développer un mode de vie éliminant les techniques autoritaires. Comme nous l’avons déjà mentionné, nous ne souhaitons pas que notre confort soit au dépend d’autrui. Nous ne voulons pas d’un confort qui nécessite des rapports de pouvoir ou de discrimination arbitraire. Nous ne voulons pas d’un confort qui nous rende dépendant·es d’un tel système et de telles logiques. Nous souhaitons donc trouver des stratégies compatibles et reposant sur des techniques démocratiques. Nous voulons travailler la pierre, le bois, et nous voulons faire à manger avec des outils que nous pouvons entretenir, réparer et fabriquer. Nous voulons construire nos maisons sans avoir recours aux outils électriques ou thermiques. Nous voulons aider nos voisins et nos voisines en ayant des compétences permettant d’éviter les compromis qui sont autrement nécessaires.
Une convivialité démocratique
Ci-dessous, nous avons parlé des outils physiques et de technologie mais notre souhait au Mallouestan est également de développer un mode de vie reposant sur des rapports démocratiques. Nous voulons que les outils sociaux, de divertissement, de créativité et plus généralement les autres plans qui sont nécessaires à une vie épanouie soit du même ordre que ce que nous avons évoqué pour les techniques de subsistance, autrement dit démocratique. Nous voulons trouver des stratégies de gestion collective, des stratégies de communication et de partage, des stratégies permettant de maintenir un réseau et de porter nos solidarités au-delà du Mallouestan qui soient démocratique.
Pour éviter la centralisation du pouvoir qui rendrait certaines de ces stratégies potentiellement autoritaires — ou au moins augmenterait leur nature autoritaire — cet objectif implique d’être vigilant et vigilantes. Nous travaillons et souhaitons développer des mécanismes au sein du collectif favorisant le partage et la transmission de connaissances (voir le texte/chapitre « Recherche et transmission »). Avec la mutualisation, nous cherchons à minimiser le caractère indispensable de nos membres (voir le texte/chapitre « Mutualisation des privilèges »). Enfin, au travers du réseau que l’on souhaite tisser, nous voulons augmenter notre résilience collective avec l’entraide et la solidarité (voir le texte/chapitre « solidarité dans l’autonomie »).